fortuné


fortuné

fortune [ fɔrtyn ] n. f.
XIIe; lat. fortuna « bonne ou mauvaise fortune »
I
1Vx ou littér. Puissance qui est censée distribuer le bonheur et le malheur sans règle apparente. hasard, sort. Les caprices de la fortune. Être favorisé par la fortune. fortuné, heureux. La fortune sourit aux audacieux. Fortune aveugle, changeante. « Mon enfant la fortune t'a donné d'excellents parents qui te guideront » (France).
2Divinité antique qui représente cette puissance. La Fortune est représentée les yeux bandés, debout sur une roue et tenant une corne d'abondance. La roue de la Fortune.
II AÉvénements dus à la chance.
1(Dans des expr.) Ce qui advient par l'action de la Fortune; événement ou suite d'événements considérés dans ce qu'ils ont d'heureux ou de malheureux. chance (1o), hasard. La fortune des armes. Bonne fortune : chance heureuse; spécialt succès galant. Un homme à bonnes fortunes. Avoir la bonne, l'heureuse fortune de. Mauvaise fortune : adversité, malheur, malchance. Faire contre mauvaise fortune bon cœur : ne pas se laisser abattre par les revers. — Chercher, tenter fortune. aventure. Dîner à la fortune du pot, inviter qqn à la fortune du pot, sans façon, sans cérémonie (cf. À la bonne franquette).
♢ DE FORTUNE : improvisé pour parer au plus pressé. ⇒ provisoire. « Ils sont parvenus à faire marcher l'usine par des moyens de fortune » (Maurois)[cf. Avec les moyens du bord]. Une réparation, une solution de fortune. La salle de bains « est une installation de fortune, dans un ancien cabinet de débarras » (Romains). Mar. Voile de fortune, et absolt fortune. Fortune carrée : voile carrée que l'on peut gréer sur une vergue (spécialt la vergue de misaine des goélettes).
2Absolt; vx ou littér. Hasard heureux, chance. Il eut la fortune de vivre dans une société brillante. « Il arrive à Ziegler une de ces fortunes rares qu'un artiste peut attendre en vain toute sa vie » (Gautier).
3Vx Malchance, malheur. Dr. mar. Fortune de mer : tout risque fortuit (perte, avarie) dont l'armateur est responsable. Par ext. Ensemble des valeurs que le propriétaire de navire doit abandonner pour limiter sa responsabilité. Clause de meilleure fortune (dans un contrat).
BLa vie, la carrière due à la chance.
1Vx ou littér. La vie de qqn, considérée dans ce qu'elle a d'heureux, de malheureux. 1. avenir, destin, destinée, sort, vie.
Mod. (Choses) Carrière, destin. La fortune d'une œuvre d'art, d'un livre.
2Vieilli Situation dans laquelle se trouve qqn. état, situation. Fortune heureuse, brillante. Mod. Revers, revirement de fortune. accident, traverse, vicissitude. Absolt Situation élevée. prospérité, succès. Être l'artisan de sa fortune, bâtir sa fortune (compris au sens III, de nos jours). « À Paris, la fortune est de deux espèces : il y a la fortune matérielle, l'argent [...] et la fortune morale, les relations, la position » (Balzac).
III( XVe) Mod.
1Ensemble des biens, des richesses qui appartiennent à un individu, à une collectivité. argent, 2. avoir, 2. bien, 2. capital, patrimoine, ressources, richesse. Évaluer la fortune de qqn. Les biens qui composent sa fortune. Situation de fortune : situation financière d'une personne. Inégalité des fortunes. Léguer sa fortune. Imposer les grandes fortunes. « Si sa fortune était petite, Elle était sûre tout au moins » (La Fontaine). Administrer, gérer sa fortune. Fortune publique. domaine, trésor.
2Cour. Ensemble de biens d'une valeur considérable. Avoir, posséder de la fortune, une fortune qui permet de vivre largement (cf. Avoir du bien au soleil). Fortune personnelle. Il a un gros salaire, mais pas de fortune. — FAIRE FORTUNE. s'enrichir. Faire fortune dans l'immobilier. « De mes petits fabricants en chambre, il en est qui font fortune, d'autres qui font faillite » (Valéry). Perdre sa fortune. se ruiner; banqueroute, faillite. Dilapider sa fortune. PROV. La fortune vient en dormant. Fam. Une fortune, des fortunes : une somme importante. Valoir, payer une fortune. Ça coûte une fortune, une petite fortune, des fortunes. Gagner des fortunes (cf. Des mille et des cents).
Par ext. Opulence, richesse. « Une vedette qui veut bien lancer une de vos œuvres, ça peut être la fortune » (Romains).
(Souv. au plur.) Personne possédant une grande fortune. C'est une des plus grandes fortunes du pays. magnat.
⊗ CONTR. Adversité, infortune, malchance, misère, pauvreté.

fortune nom féminin (latin fortuna) Littéraire. Puissance mystérieuse qui est censée fixer aux êtres humains leur sort : La fortune sourit aux audacieux. Littéraire. Sort de quelque chose ; destinée : La fortune d'une pièce de théâtre. Succès de quelque chose : Voilà ce qui a fait la fortune de ce mot. Ensemble des biens, des richesses que possède quelqu'un ou une collectivité : N'avoir aucune fortune personnelle. La fortune nationale. Personne très riche : Les plus grandes fortunes de France. Importante somme d'argent : Coûter une fortune. Marine Voile carrée qui se grée sur la vergue de misaine des goélettes ou sur la grand-vergue des cotres ou autres bâtiments à voiles auriques. (On dit aussi voile de fortune.) ● fortune (citations) nom féminin (latin fortuna) Jean Bertaut Donnay, Calvados, 1552-Séez 1611 J'aime qu'à mes desseins la fortune s'oppose : Car la peine de vaincre en accroît le plaisir. Stances Sébastien Roch Nicolas, dit Nicolas de Chamfort près de Clermont-Ferrand 1740-Paris 1794 Académie française, 1781 On croit communément que l'art de plaire est un grand moyen de faire fortune : savoir s'ennuyer est un art qui réussit bien davantage. Maximes et pensées René Descartes La Haye, aujourd'hui Descartes, Indre-et-Loire, 1596-Stockholm 1650 J'ose croire que la joie intérieure a quelque secrète force pour se rendre la fortune plus favorable. Correspondance, à Élisabeth, octobre ou novembre 1646 Robert Desnos Paris 1900-Terezín, Tchécoslovaquie, 1945 Plus grande est notre fortune Et plus sombre est notre sort. Le Bain avec Andromède Éditions de Flore Joachim Du Bellay Liré 1522-Paris 1560 Las ! où est maintenant ce mépris de fortune ? Où est ce cœur vainqueur de toute adversité […] ? Les Regrets Jean de La Bruyère Paris 1645-Versailles 1696 L'on voit des hommes tomber d'une haute fortune par les mêmes défauts qui les y avaient fait monter. Les Caractères, De la cour Jean de La Bruyère Paris 1645-Versailles 1696 Il faut avoir trente ans pour songer à sa fortune ; elle n'est pas faite à cinquante ; l'on bâtit dans sa vieillesse, et l'on meurt quand on en est aux peintres et aux vitriers. Les Caractères, Des biens de fortune Jean de La Fontaine Château-Thierry 1621-Paris 1695 Le bien, nous le faisons ; le mal, c'est la Fortune ; On a toujours raison, le Destin toujours tort. Fables, l'Ingratitude et l'Injustice des hommes envers la Fortune Jean de La Fontaine Château-Thierry 1621-Paris 1695 Il lit au front de ceux qu'un vain luxe environne Que la Fortune vend ce qu'on croit qu'elle donne. Philémon et Baucis François, duc de La Rochefoucauld Paris 1613-Paris 1680 La fortune et l'humeur gouvernent le monde. Maximes François, duc de La Rochefoucauld Paris 1613-Paris 1680 Il faut de plus grandes vertus pour soutenir la bonne fortune que la mauvaise. Maximes Antoine Rivaroli, dit le Comte de Rivarol Bagnols-sur-Cèze 1753-Berlin 1801 Les moyens qui rendent un homme propre à faire fortune sont les mêmes qui l'empêchent d'en jouir. Discours sur l'homme intellectuel et moral Luc de Clapiers, marquis de Vauvenargues Aix-en-Provence 1715-Paris 1747 Il y a plus de grandes fortunes que de grands talents. Réflexions et Maximes Quintus Ennius Rudiae, Calabre, 239-Rome 169 avant J.-C. C'est au courage que va la fortune. Fortibus est fortuna viris data. Annales Didier Érasme, en latin Desiderius Erasmus Roterodamus Rotterdam vers 1469-Bâle 1536 La Fortune aime les gens peu sensés ; elle aime les audacieux et ceux qui ne craignent pas de dire : « Le sort en est jeté. » La sagesse, au contraire, rend timide. Amat Fortuna parum cordatos, amat audaciores et quibus illud placet Alea jacta est. At Sapientia timidulos reddit. Éloge de la folie, LXI Salluste, en latin Caius Sallustius Crispus Amiternum 86 avant J.-C.-vers 35 avant J.-C. C'est dans la plus grande fortune qu'on a le moins de liberté : elle interdit la partialité, la haine et surtout la colère. In maxuma fortuna minuma licentia est : neque studere, neque odisse, sed minume irasci decet. Conjuration de Catilina, LI Publius Syrus (en Syrie Ier s.) La fortune est semblable au verre ; plus elle est brillante, plus elle est fragile. Fortuna vitrea est ; tum, cum splendet, frangitur. Sentences, 283 Virgile, en latin Publius Vergilius Maro Andes, aujourd'hui Pietole, près de Mantoue, 70 avant J.-C.-Brindes 19 avant J.-C. La fortune favorise les audacieux. Audentes fortuna juvat. L'Énéide, X, 284 Aristophane Athènes vers 445-vers 386 avant J.-C. La fortune a vite fait de changer en mal et de régner sous une autre face. Les Thesmophories, 724 (traduction H. Van Daële) Sophocle Colone, près d'Athènes, entre 496 et 494 avant J.-C.-Athènes 406 avant J.-C. Un jour suffit pour faire monter ou descendre toutes les fortunes humaines. Ajax, 131-132 (traduction Mazon) Bible Fortune hâtive va diminuant ; qui amasse peu à peu s'enrichit. Ancien Testament, Livre des Proverbes XIII, 11 Commentaire Citation empruntée à la « Bible de Jérusalem ». Pétrarque, en italien Francesco Petrarca Arezzo 1304-Arqua, Padoue 1374 Rarement il advient qu'aux hautes entreprises une fortune injuste ne s'oppose, qui mal s'accorde aux travaux magnanimes. Rade volte adiven ch'a l'alte imprese fortuna ingiuriosa non contrasti, ch'agli animosi fatti mal s'accorda. Canzoniere, LIIIfortune (expressions) nom féminin (latin fortuna) Littéraire. Bonne ou mauvaise fortune, chance, hasard heureux ou malheureux. À la fortune du pot, à la bonne franquette, en prenant un repas tel qu'il se présente. Vieux. Bonnes fortunes, succès galants. De fortune, improvisé, réalisé rapidement pour parer au plus pressé : Installation de fortune. Faire contre mauvaise fortune bon cœur, ne pas se laisser abattre par les revers. Faire fortune, s'enrichir ; avoir du succès. Moyens de fortune, ceux dont on dispose dans l'immédiat. Roue de fortune, représentation médiévale de l'humanité tour à tour élevée et abaissée par la fortune, qui, à partir du XIIe s., illustre de nombreux manuscrits ou est sculptée autour de roses (St-Étienne de Beauvais). Fortune de mer, ensemble des événements dus aux périls de la mer ou à des faits de guerre qui causent des dommages au navire ou à la cargaison ; biens maritimes d'un armateur par opposition à sa fortune de terre. ● fortune (synonymes) nom féminin (latin fortuna) Littéraire. Puissance mystérieuse qui est censée fixer aux êtres humains leur...
Synonymes :
Succès de quelque chose
Synonymes :
- réussite
- succès
Ensemble des biens, des richesses que possède quelqu'un ou une...
Synonymes :
- biens
Contraires :
- dénuement
- gêne
- misère
- pauvreté

n. f.
rI./r
d1./d Litt. Puissance qui est censée décider du bonheur ou du malheur des humains. Les caprices de la fortune.
MYTH (Avec une capitale.) Divinité des Anciens souvent représentée sous les traits d'une femme aux yeux bandés tenant une corne d'abondance.
d2./d événement heureux ou malheureux dépendant du hasard.
Une bonne fortune: une aventure galante.
Loc. Faire contre mauvaise fortune bon coeur: accepter sans se plaindre un événement désagréable.
|| Tenter, chercher fortune: chercher les occasions qui peuvent procurer ce que l'on désire.
|| Inviter à la fortune du pot: inviter à un repas sans apprêts.
|| De fortune: improvisé. Utiliser des moyens de fortune.
d3./d Litt. Chance favorable. J'ai eu la fortune de le rencontrer.
d4./d Litt. Destinée. Il connut une fortune brillante.
d5./d Litt. Position sociale élevée. Parvenir à une haute fortune.
Cour. Revers de fortune.
rII./r
d1./d Ensemble des biens que possède une personne, une collectivité.
d2./d Grande richesse. Avoir de la fortune. Faire fortune: devenir très riche.

⇒FORTUNE, subst. fém.
A.— MYTH. Divinité qui présidait aux aléas de la destinée humaine, et qui distribuait les biens et les maux selon son caprice. La statue de la Fortune; les Romains adoraient la Fortune, sacrifiaient à la Fortune (Ac. 1798-1932). Les Rostres, le temple de la Paix, ceux de Jupiter Stator et de la Fortune, les arcs de Titus et de Sévère, se dessinoient à demi dans les ombres (CHATEAUBR., Martyrs, t. 1, 1810, p. 271). Si jamais les changements et l'inconstance de la déesse Fortune ont pu faire éclater en sanglots et en harmonieux commentaires un barde (Musset ds Le Temps, 1831, p. 31) :
1. Ô toi que l'univers adore,
Ô toi que maudit l'univers,
Fortune, dont la main, du couchant à l'aurore,
Dispense les lauriers, les sceptres et les fers,
Ton aveugle courroux nous garde-t-il encore
Des triomphes et des revers?
DELAVIGNE, Messéniennes, 1824, p. 37.
1. [P. réf. aux attributs avec lesquels elle est traditionnellement représentée (la corne d'abondance ou le gouvernail qu'elle tient à la main, le bandeau qu'elle porte sur les yeux, la roue sur laquelle elle se tient en équilibre, le char qu'elle dirige)] Il [Cérizet] s'était endormi dans un beau rêve (...). Mais il eut un réveil auquel il ne s'attendait point; il trouva la Fortune debout, lui versant à flots ses cornes dorées, dans la personne de madame Cardinal (BALZAC, Pts bourg., 1850, p. 195). La Fortune est femme, et, quoiqu'on la dise aveugle, du haut de sa roue, elle distingue parfois dans la foule un cavalier de naissance et de mérite (GAUTIER, Fracasse, 1863, p. 43).
Loc. proverbiale. Attacher un clou à la roue de la fortune. ,,Trouver moyen de la fixer`` (Ac. 1798-1932).
2. Au fig. [P. réf. aux pouvoirs qui lui sont attribués] Puissance fictive et mystérieuse qui dispense au hasard les biens et les maux. Les caprices de la fortune; la fortune est aveugle, changeante, inconstante; courtiser la fortune; être favorisé par la fortune. Plus d'une fois ces entretiens m'ont fourni la preuve que la fortune, en distribuant les places, fait parfois de bien lourdes bévues (JOUY, Hermite, t. 1, 1811, p. 289). Qu'au moment même où la fortune recommence à nous sourire, nos finances aillent à la faillite, notre économie à la ruine, c'en serait fait décidément du rang, de l'ordre, de l'avenir de la France (DE GAULLE, Mém. guerre, 1959, p. 117) :
2. Ce que mon âge trop tendre, ma trop courte expérience et une vie abritée m'empêchèrent de voir, c'est la fortune et ses coups : la fortune qui triomphe des caractères les plus fermes et change en un instant les conditions des hommes.
FRANCE, Vie fleur, 1922, p. 482.
B.— Tour favorable ou défavorable que prend une situation, un événement, sans que l'on puisse l'expliquer autrement que par la chance, le hasard.
1. [Sans précision concernant l'issue favorable ou défavorable de la situation] Il m'est permis de vivre du produit d'un travail que j'aime, sans tenter la fortune inconsistante du cabotage (NODIER, Fée Miettes, 1831, p. 93). Elle s'intéressait à tout. Et elle était prête à la bonne comme à la mauvaise fortune. En somme, une optimiste (ROLLAND, J.-Ch., Buisson ard., 1911, p. 1285).
Loc. et expr.
a) Verbe + fortune
) Courir (la) fortune (de). Risquer (de). C'est le vallon de Rochelie où, à minuit, on court fortune de voir le pied-fourchu (POURRAT, Gaspard, 1922, p. 232).
) Tenter (la) fortune (de). S'engager dans une entreprise dont l'issue est aléatoire. Il [A. de Musset] avait à peine vingt ans, lorsque pour la première fois, il voulut tenter la fortune des planches (ZOLA, Doc. littér., Musset, 1881, p. 99).
b) La fortune de + subst.
) La fortune des armes. Les aléas de la guerre, des combats. La découverte, (...) la lente pénétration, (...) la conquête pacifique et (...) la perte, jouée à la fortune des armes et des alliances, du Canada par les Français (CENDRARS, Bourlinguer, 1948, p. 336). Un général jacobin (...) d'humble extraction, porté par la fortune des armes (ARNOUX, Roi, 1956, p. 335).
) (Dîner, recevoir) à la fortune du pot. (Dîner, offrir un repas) sans cérémonie, en s'accommodant de ce qu'il y a. Synon. à la bonne franquette. J'avais l'intention de le faire souper avec nous, à la fortune du pot (THEURIET, Mais. deux barbeaux, 1879, p. 87). Il ne restait qu'à inviter les amis, à la fortune du pot, et à parler encore, tard dans la nuit (CAMUS, Exil et Roy., 1957, p. 1635).
Rem. Ac. 1798-1932, BESCH. 1845 et ROB. enregistrent l'expr. vieillie courir la fortune du pot. ,,S'exposer à faire mauvaise chère, en allant dîner dans une maison où l'on n'est point attendu`` (Ac. 1932).
c) De fortune
) Loc. adv., vieilli. Par hasard. Je regardais et laissais M. le Maire fouler, fourrager tout mon pré (...) quand de fortune passent Pierre Houry d'Azai, Louis Bézard et sa femme (COURIER, Pamphlets pol., Gaz. vill., 1823, p. 187). J'avais rencontré de fortune à Paris, sous l'Empire, Mme Mocenigo dont les ancêtres furent sept fois honorés du dogat (CHATEAUBR., Mém., t. 4, 1848, p. 374).
Rem. On relève également la loc. adv. par fortune avec le même sens. Quand, par fortune, il ne pouvait éviter les regards de l'officier de service (ID., ibid., t. 2, 1848, p. 658).
) Loc. adj. (précédée d'un subst.)
♦ [Le subst. désigne un inanimé] Improvisé, réalisé à la hâte et avec ce dont on dispose. Installation, moyens, outil de fortune. La nuit, ils [les bergers] logeront dans des étables de fortune ou sous des frondaisons naissantes (PESQUIDOUX, Chez nous, 1921, p. 232). Le spécialiste a fabriqué pour son arme un petit chevalet de fortune (ROMAINS, Hommes bonne vol., 1938, p. 145) :
3. Dans le moment même, il s'occupait de faire fermer, par les gens du château, cette poterne par une sorte de porte de fortune en attendant mieux, faite de planches et de vieux bahuts que l'on avait sortis de la bâtisse du jardinier.
G. LEROUX, Parfum, 1908, p. 51.
MAR. Voile de fortune ou, absol., fortune, fortune carrée. Voile carrée supplémentaire que les goélettes, les cotres, etc., hissent afin de pallier l'insuffisance de vent. Le radeau recula de deux toises sur le grelin fortement tendu. La voile de fortune carguée, les dispositions furent prises pour une assez longue station (VERNE, Enf. cap. Grant, t. 3, 1868, p. 72). À 9 heures une brise légère du N. E. se lève, nous établissons la fortune carrée (CHARCOT, Expéd. antarct. fr., 1906, p. 295).
♦ [Le subst. désigne une pers.] D'occasion; chargé d'une fonction, d'une mission ne relevant pas des attributions ordinaires. Des pompiers de fortune faisaient la chaîne. Et on découvrait tout à coup sous le casque le visage noir d'un ami (VAN DER MEERSCH, Invas. 14, 1935, p. 13).
2. [La fortune est envisagée sous son aspect favorable] Coup de fortune; être en fortune, manquer de fortune; une heureuse, une rare fortune. Synon. chance, succès. Plus tard au cours de ma vie, j'ai bien souvent remercié le ciel de cette fortune que j'ai eue d'être lorrain et non pas de Nancy (BARRÈS, Cahiers, t. 1, 1896-98, p. 47). Il accordait un piano qu'il avait découvert chez un habitant. Cette bonne fortune est rare pour un amateur de musique (BORDEAUX, Fort de Vaux, 1916, p. 175) :
4. Maître Saval l'interrogea sur tous les hommes qu'il allait recevoir, ajoutant : « Ce serait pour un étranger une extraordinaire bonne fortune que de rencontrer, d'un seul coup, tant de célébrités réunies chez un artiste de votre valeur ». Romantin, conquis, répondit : « Si ça peut vous être agréable, venez ».
MAUPASS., Contes et nouv., t. 2, Soirée, 1883, p. 1271.
Loc. et expr.
a) Chercher fortune. Rechercher les occasions susceptibles de procurer ce que l'on désire (richesses, gloire, etc.) Synon. brusquer2, busquer2 fortune. Devant la ferme, s'agitaient une douzaine de soldats, des maraudeurs, sans doute des affamés qui cherchaient fortune (ZOLA, Débâcle, 1892, p. 157). Vingt-cinq ans plus tôt, un cousin de son père, fidèle à la tradition basque, était parti chercher fortune en Argentine; il s'y était considérablement enrichi (BEAUVOIR, Mém. j. fille, 1958, p. 246).
b) Bonne fortune
) Vx, région. Synon. de bonne aventure. Se faire dire la bonne fortune (J. HUMBERT, Nouv. gloss. genev., 1852, p. 213).
) Succès amoureux. Un homme à bonnes fortunes. Mes bonnes fortunes se bornaient, comme celles de Jean-Jacques, à baiser la main (MICHELET, Mémorial, 1822, p. 188) :
5. Il paraît qu'il avait été irrésistible, que toutes les femmes en étaient amoureuses, et qu'il eut de ces bonnes fortunes qui comptent dans la vie d'un homme. Je me souviens d'un dîner d'artistes (...) où quelqu'un le présenta comme ayant eu, en son temps, les plus jolies femmes de Paris.
LÉAUTAUD, In memor., 1905, p. 186.
(Aller, être) en bonne fortune. (Aller, être) à un rendez-vous galant. Tu te peignes devant ton miroir, et t'en vas, fat, en bonne fortune chez ta maîtresse désolée (MUSSET, Confess. enf. s., 1836, p. 262). Le garçon a cru que nous étions en bonne fortune... Il nous a offert un cabinet particulier (H. BATAILLE, Maman Colibri, 1904, p. 6).
) Bonne fortune d'expression, de style. Expression, style particulièrement original(e), réussi(e). Synon. fam. trouvaille. Charles aimait ses naïvetés, ses mots d'enfant spirituel; non que Marthe eût de l'esprit, mais elle avait ces bonnes fortunes d'expression, ces vivacités (GONCOURT, Ch. Demailly, 1860, p. 231) :
6. L'île de la Cité, comme dit Sauval, qui à travers son fatras a quelquefois de ces bonnes fortunes de style, « l'île de la Cité est faite comme un grand navire enfoncé dans la vase et échoué au fil de l'eau vers le milieu de la Seine ».
HUGO, N.-D. Paris, 1832, p. 142.
c) De fortune, par fortune, loc. adv. Par bonheur. Si, par fortune, rien ne se détraque, au bout des quatre heures, la même personne tire le même ressort, et la machine s'arrête (VIGNY, Lettre Lord, 1829, p. 262). Au milieu de l'effondrement militaire dans la métropole, elle [la Marine nationale] était, par fortune, intacte (DE GAULLE, Mém. guerre, 1956, p. 68).
3. [La fortune est envisagée sous son aspect défavorable] Dieu vous préserve de mal et de fortune (Ac. 1798-1878). Synon. adversité, infortune, malchance.
Loc. et expr.
) À ses (risques), périls et fortune (vieilli). À ses risques et périls. Ma coutume est de donner mes griffonnages aux libraires, qui les impriment à leurs périls et fortune; et tout ce que j'exige d'eux, c'est de n'y pas mettre mon nom (COURIER, Lettres Fr. et It., 1810, p. 830).
) Faire contre (mauvaise) fortune bon cœur. Ne pas se laisser décourager par l'adversité. Je fus un peu émue, mais je pensai qu'il était de mon devoir de faire contre fortune bon cœur, et je ne pleurai pas (SAND, Hist. vie, t. 3, 1855, p. 80). Il faisait contre fortune bon cœur, se disant que c'était de l'hygiène de ne prendre qu'un repas léger le soir (MONTHERL., Célibataires, 1934, p. 884) :
7. ... il se rappela qu'un de ses maîtres, qui avait fait la plus belle carrière médicale de son temps, ayant échoué la première fois à l'Académie pour deux voix seulement, avait fait contre mauvaise fortune bon cœur et était allé serrer la main du concurrent élu.
PROUST, Sodome, 1922, p. 1071.
) Fortune de mer. Accidents de toute nature auxquels sont soumis les navigateurs. Là où il a chanté un fait d'armes ou décrit une bataille navale ou une fortune de mer, il a choisi des paroles dures, âpres et déplaisantes (HUYGHE, Dialog. avec visible, 1955, p. 287).
Spéc., DR. MAR. ,,Tout risque fortuit atteignant le navire et les marchandises et dont l'armateur doit répondre`` (CAP. 1936).
Rem. Cette accept. vieillie ne se rencontre que dans les expr. citées supra, les aut. préférant employer l'expr. mauvaise fortune. Il se persuada que (...) la mauvaise fortune qui s'obstinait à le poursuivre à la pêche [pourrait] bien être l'effet d'un sort (NODIER, Trilby, 1822, p. 134). Il faut faire une cure de bonne humeur. Cela consiste à exercer sa bonne humeur contre toute mauvaise fortune (ALAIN, Propos, 1911, p. 118).
C.— P. ext. Ce qui arrive ou peut arriver aux hommes du fait du hasard, des circonstances; destinée (heureuse ou malheureuse).
1. [Sans précision concernant le caractère heureux ou malheureux de la destinée] Les changements, les vicissitudes de la fortune; suivre la fortune de qqn; être l'artisan de sa fortune. Je ne voulais plus partager en rien la fortune de M. de Staël (STAËL, Lettres L. de Narbonne, 1792, p. 36). On se souvenait d'ailleurs que Pompée, que Brutus avaient péri pour avoir remis leur fortune au hasard d'un combat de terre (MICHELET, Hist. romaine, t. 2, 1831, p. 321) :
8. Un consul est quelque chose de plus qu'un homme; il est l'intermédiaire entre l'homme et la divinité. À sa fortune est attachée la fortune publique; il est comme le génie tutélaire de la cité. La mort d'un consul funeste la république.
FUSTEL DE COUL., Cité antique, 1864, p. 230.
a) Loc. Retour de fortune. Revirement subit d'une situation. À mon retour de l'île d'Elbe, continuait l'Empereur, la tête tourna à Murat de me voir débarqué (...). Il était habitué à mes grands retours de fortune (LAS CASES, Mémor. Ste-Hélène, t. 1, 1823, p. 881) :
9. Cette humeur, qui a rendu plus d'un marxiste consentant aux fruits trop inévitables de l'évolution sociale, ne leur donne-t-elle pas à présent, par un curieux retour de fortune, quelques motifs de ne pas désespérer de la civilisation?
J.-R. BLOCH, Dest. du S., 1931, p. 235.
b) P. anal. [En parlant d'un produit de l'activité hum., en partic. une œuvre littér., artistique] Sort favorable ou défavorable. La fortune des livres seroit le sujet d'un bon livre (J. DE MAISTRE, Soirées St-Pétersb., t. 1, 1821, p. 513). Être (...) condamné à garder la chambre, dans un moment où il serait si intéressant de se rendre compte par soi-même de la fortune de sa pièce (GONCOURT, Journal, 1896, p. 943).
2. [La destinée est envisagée sous son aspect favorable] Élévation dans les biens, les honneurs; réussite sociale. Une brillante fortune; assurer, établir sa fortune, la fortune de qqn. L'ambition des Romains les portait à chercher en Grèce des maîtres dans cet art de l'éloquence qui était chez eux une des routes de la fortune (CONDORCET, Esq. tabl. hist., 1794, p. 76). Nul doute qu'une haute fortune ne soit promise à ce jeune et précoce talent (Musset ds Revue des Deux-Mondes, 1833, p. 640) :
10. Vous pourrez faire fortune, mais il faudra nuire aux misérables, flatter le sous-préfet, le maire, l'homme considéré, et servir ses passions : cette conduite, qui dans le monde s'appelle savoir-vivre, peut, pour un laïque, n'être pas absolument incompatible avec le salut; mais, dans notre état, il faut opter; il s'agit de faire fortune dans ce monde ou dans l'autre, il n'y a pas de milieu.
STENDHAL, Rouge et Noir, 1830, p. 44.
a) Locutions
) Homme de fortune. Homme qui, parti d'une humble condition, s'est élevé rapidement grâce à son talent ou aux événements. Empereur, je suis duc par la grâce de Dieu. Ces aventures-là vont aux gens de fortune (HUGO, Légende, t. 1, 1859, p. 192).
) Officier, soldat de fortune. Officier, soldat qui est parvenu à un grade élevé de la hiérarchie militaire grâce à son mérite. Il [Bonaparte] voulut que le pape vînt le sacrer à Paris, lui, un soldat de fortune, en signe de sa déité impériale (PROUDHON, Confess. révol., 1849, p. 91) :
11. ... un officier de fortune pouvait, à force de valeur, et sur la fin de sa vie, aspirer à la place de major ou de lieutenant-colonel, et devenir le mentor en titre du colonel étourdi, non moins impatient de conseil qu'incapable de commandement.
SAINTE-BEUVE, Prem. lundis, t. 1, 1869, p. 54.
b) [Avec un adj. ou un compl. précisant le domaine de réussite] Un intendant général, l'obligé de Hulot, à qui ce fonctionnaire devait sa fortune administrative, disait avoir aperçu le baron (BALZAC, Cous. Bette, 1846, p. 336). La fortune littéraire de M. Daudet et de M. Zola ne s'explique pas tout à fait par leur talent, dont l'essence échappe au plus grand nombre (LEMAITRE, Contemp., 1885, p. 340) :
12. Il avait le sens de la chicane. Ayant commencé sa fortune politique par des articles adroitement faits pour lui valoir des poursuites, des procès et quelques semaines de prison, il avait considéré, depuis lors, la presse comme une arme d'opposition, que tout bon gouvernement devait briser.
FRANCE, Lys rouge, 1894, p. 338.
c) P. anal. [En parlant d'une production matérielle ou intellectuelle] Réussite, succès auprès du public. La fortune d'un produit nouveau; la fortune d'une doctrine, d'un livre. Francis Jammes avait écrit, dans le temps, un alexandrin qui fit fortune :« Les Vigny m'emmerdent avec leur dignité » (GIDE, Ainsi soit-il, 1951, p. 1238) :
13. ... je ne me sens point du tout porté à croire que le thé, le café et le sucre, qui ont fait en Europe une fortune si prodigieuse, nous aient été donnés comme des punitions : je pencherois plutôt à les envisager comme des présens...
J. DE MAISTRE, Soirées St-Pétersb., t. 1, 1821, p. 76.
3. [La destinée est envisagée sous son aspect défavorable] Revers de fortune. Coup du sort transformant une bonne situation en une mauvaise. J'ai tout sacrifié, dans ma vie, à la liberté de mon intelligence! Et elle m'est enlevée par ce revers de fortune (FLAUB., Corresp., 1875, p. 186). On a beau accepter et prévoir les fatigues, les dégoûts du travail, les revers de la fortune, les trahisons de la vie; on en demeure toujours surpris et accablé (BLONDEL, Action, 1893, p. 329).
D.— Ensemble des richesses, des biens appartenant à une personne ou à un groupe de personnes. Une immense fortune; faire fortune; l'égalité des fortunes. M. Creton et sa femme mènent maintenant un train au-dessus de leur fortune; ils reçoivent comme des princes, (...) ils donnent des fêtes (CHAMPFL., Bourgeois Molinch., 1855, p. 147). S'il ne thésaurisait pas, il avait l'autre joie, la lutte des gros chiffres, les fortunes lancées comme des corps d'armée, les chocs de millions adverses (ZOLA, Argent, 1891, p. 57) :
14. ... Joseph restait à la tête d'une fortune considérable, fortune qu'il ne pouvait même plus évaluer avec précision, car elle était touffue, ramifiée, faite d'une multitude de parties dissemblables, faite d'un assemblage confus de biens, meubles et immeubles, de valeurs, d'espèces, de maisons, de châteaux, de terres, de fabriques.
DUHAMEL, Passion J. Pasquier, 1945, p. 158.
SYNT. Fortune médiocre, solide, colossale, fabuleuse; grosse, jolie, énorme fortune; avoir une fortune personnelle; amasser, laisser une fortune; hériter, disposer, jouir d'une fortune; augmenter, gérer, placer, léguer sa fortune; dépenser, dilapider, manger, perdre sa fortune; être en possession d'une fortune; épouser qqn sans fortune, pour sa fortune.
1. Loc. et expr.
a) État, situation de fortune. État des biens, des richesses que possède une personne à une époque déterminée. En regard de chaque nom [était inscrit] le maximum de la somme qu'il pouvait leur emprunter relativement à leur état de fortune (MURGER, Scène vie boh., 1851, p. 29). Le gros Chavignat (...) avait fait beaucoup trop d'enfants. C'était fou, dans sa situation de fortune (ZOLA, Pot-Bouille, 1882, p. 113).
b) Fortune de mer (dr. mar.). ,,Partie de l'avoir de l'armateur engagée dans l'exploitation de son navire et qui est, en vertu d'une fiction juridique, distinguée de sa fortune de terre`` (Lar. comm. 1930; ds ROB., Lar. encyclop., Lar. Lang. fr.).
c) Fortune nationale, publique (écon. pol.). ,,Valeur totale des actifs détenus à une date donnée par tous les agents économiques du pays`` (COMBE 1971). Dans certaines sociétés, le nombre des pauvres augmente sans que la fortune publique diminue. Elle est seulement concentrée en un plus petit nombre de mains (DURKHEIM, Division trav., 1893, p. 228). Rien (...) ne serait possible sans le retour du pays à une puissante activité économique. Cette guerre nous a coûté la moitié de notre fortune nationale (DE GAULLE, Mém. guerre, 1959, p. 631).
2. P. ext. Importante somme d'argent. Finot racontait gaiement que, sans ces mille écus, il serait mort de misère et de douleur. Pour lui, mille écus étaient une fortune (BALZAC, C. Birotteau, 1837, p. 260). Avant Notre-Seigneur, on les embaumait [les morts] dans des parfums — des aromates, qu'on appelait — ça coûtait des fortunes (BERNANOS, Mouchette, 1937, p. 1332) :
15. Les autres, élevés dans les collèges de l'État ou dans les lycées, (...) n'étaient ni plus intéressants ni moins étroits. Ceux-là étaient des noceurs, épris d'opérettes et de courses, jouant le lansquenet et le baccarat, pariant des fortunes sur des chevaux, sur des cartes, sur tous les plaisirs chers aux gens creux.
HUYSMANS, À rebours, 1884, p. 7.
P. méton. Ce qui est censé rapporter une certaine somme d'argent. Je sais que je tiens plusieurs fortunes dans mes cartons; mais cette conviction est, de toutes, la plus difficile à faire partager (BALZAC, Corresp., 1838, p. 476).
3. Au fig., domaine intellectuel, moral. La fortune des nations, c'est leur génie (LAMART., Voy Orient, t. 2, 1835, p. 60). C'était bien leur faute si j'avais perdu, dispersé, dilapidé ma fortune intérieure. Ils m'avaient aidé dans mes folies, secondé dans mes excès (DUHAMEL, Confess. min., 1920, p. 73) :
16. Les deux peuples anciens dont la littérature et l'histoire composent encore aujourd'hui notre principale fortune intellectuelle n'ont dû leur étonnante supériorité qu'à la jouissance d'une patrie libre.
STAËL, Consid. Révol. fr., t. 1, 1817, p. 6.
REM. Fortunément, adv. Par bonheur. Fortunément il n'est pas de coin en Europe où je ne puisse porter un cœur tranquille, un front serein, un pas assuré (LAS CASES, Mémor. Ste-Hélène, t. 2, 1823, p. 561).
Prononc. et Orth. :[]. Ds Ac. 1694-1932. Étymol. et Hist. 1. Ca 1160 « puissance qui est censée distribuer le bonheur ou le malheur; représentation allégorique de cette puissance » (Enéas, 685 ds T.-L.); 2. a) 1265 « hasard » (Brun. Lat., éd. Carmody, I, 153, 4); b) fin XIIIe s. « bonheur » (Recueil général des jeux-partis, éd. A. Långfors, XXXIII, 13 : quant Eür veult et Fortune); c) 1re moitié du XVe s. « malheur, accident » (Vie de St Eustache, éd. Holger Petersen, 565, p. 207); 3. a) 1270 fortune d'or « or trouvé par hasard » (Ordonnances des roys de France, I, 180); b) 1580 « richesses » (MONTAIGNE, Les Essais, 1. I, chap. XXI, éd. Thibaudet, p. 126). Empr. au lat. class. fortuna « fortune, sort; heureuse fortune; condition, situation » au plur. « biens, richesses »; pour le sens 2 c, cf. le sens de « tempête » (1265 Brun. Lat., éd. Carmody, I, 151; cf. aussi le lat. pop. et l'a. prov. fortuna de ven (XIIIe s. ds RAYN. et LEVY). Fréq. abs. littér. :9 421. Fréq. rel. littér. :XIXe s. : a) 22 529, b) 14 940; XXe s. : a) 11 019, b) 6 207. Bbg. HOPE 1971, p. 39. — LA LANDELLE (G. de). Le Lang. des marins. Paris, 1859, pp. 336-337. — LOGRE (R.). Ét. de psychol. étymol. Le mot fortune. Vie Lang. 1957, pp. 495-499. — PAGE (D.). Ét. sém. du mot fortune. Paris, 1951, 322 p. (Thèse Univ. dactyl.). — RITTER (E.). Les Quatre dict. fr. B. de l'Inst. nat. genevois. 1905, t. 36, p. 426. — TALLGREN (O. J.). Neuphilol. Mitt. 1921, pp. 53-58. — VARDAR (B.). Struct. fondamentale du vocab. soc. et pol. en France de 1815 à 1830. Istanbul, 1973, p. 241. — VIDOS 1939, p. 26, 402.

fortune [fɔʀtyn] n. f.
ÉTYM. V. 1160; lat. fortuna « bonne ou mauvaise fortune, divinité qui la symbolise », puis « bonne fortune » et au plur. « richesses ».
———
I
1 Didact. Dans l'antiquité gréco-latine, Divinité qui présidait aux hasards de la vie. (Souvent écrit avec F majuscule; l'emploie sans déterminant — comme un nom propre — est archaïque). || Les anciens représentaient la Fortune sous la forme d'une femme en équilibre sur une roue, les yeux bandés, et tenant à la main une corne d'abondance.La roue de la Fortune (→ Basque, cit. 2); le char de la Fortune (→ Atteler, cit. 11). || Le temple de la Fortune.
1 On dit bien vrai, Fortune est une femme,
Qui aime mieux les jeunes que les vieux.
Ronsard, Réponse aux injures et aux calomnies, « Prière à Dieu. »
2 Ô Fortune, quelle est ton inconstance !
Molière, les Précieuses ridicules, 15.
3 Il lit au front de ceux qu'un vain luxe environne
Que la fortune vend ce qu'on croit qu'elle donne.
La Fontaine, Philémon et Baucis.
4 Ô fortune ! voilà comme tu dispenses tes faveurs le plus souvent. Le stoïcien Épictète n'a pas tort de te comparer à une fille de condition qui s'abandonne à des valets.
A. R. Lesage, Gil Blas, VIII, XIII.
5 Son génie se croyait sans cesse en droit de demander des miracles, et, comme on dit, de mettre le marché à la main à la Fortune.
Sainte-Beuve, Causeries du lundi, 3 déc. 1849, t. I, p. 140. (→ aussi Excuser, cit. 18, Montaigne).
2 (1265). Vx ou littér. Puissance qui est censée distribuer le bonheur et le malheur sans règle apparente. Hasard, sort.La fortune est changeante, inconstante, aveugle (cit. 27). || Les jeux, les caprices (cit. 13) de la fortune. Inconstance, vicissitude (→ Bizarre, cit. 1; calculer, cit. 4). || La fortune élève, favorise certains (→ Avantage, cit. 52; bassesse, cit. 4). || Être favorisé de la fortune. Fortuné, heureux, prospère. || Les privilégiés de la fortune. || La fortune l'a abandonné (→ Angoisse, cit. 10). || La fortune lui fut contraire. || La fortune ne l'a pas épargné (→ Absence, cit. 1). || Les aléas, les atteintes (cit. 10), les coups (cit. 40), les duretés (cit. 4), les hasards, l'injustice, les rigueurs de la fortune. Traverse. || La fortune ne peut rien ôter au sage (→ Appartenir, cit. 21). || Courtiser la fortune.
6 Sans mentir, monsieur, la fortune est une grande trompeuse ! bien souvent en donnant aux hommes des charges et des honneurs, elle leur fait de mauvais présents, et pour l'ordinaire elle nous vend bien chèrement les choses qu'il semble qu'elle nous donne (…)
Voiture, Lettres, 123, in Littré.
7 (…) la nature prend quelquefois plaisir à favoriser ceux que la fortune a pris en aversion.
Scarron, le Roman comique, I, XIII.
8 Lorsque la fortune nous surprend en nous donnant une grande place, sans nous y avoir conduits par degrés, ou sans que nous nous y soyons élevés par nos espérances, il est presque impossible de s'y bien soutenir, et de paraître digne de l'occuper.
La Rochefoucauld, Maximes, 449.
9 (…) un grand donne plus à la fortune lorsqu'il hasarde une vie destinée à couler dans (…) le plaisir (…) qu'un particulier qui ne risque que des jours qui sont misérables (…)
La Bruyère, les Caractères, IX, 41.
10 (…) partout, dans les exils divers où la ballotta la fortune, elle est la même (…)
Sainte-Beuve, Causeries du lundi, 3 nov. 1851, t. V, p. 96.
11 Mon enfant, la fortune t'a donné d'excellents parents qui te guideront (…)
France, le Petit Chose, XXII.
Vx. || De fortune, par fortune : par la volonté de la fortune. Hasard (par hasard).
———
II
A Événements dus à la chance.
1 (Dans les expressions plus ou moins figées). Ce qui advient par la volonté de la Fortune; événements ou suite d'événements considérés dans ce qu'ils ont d'heureux ou de malheureux. Chance (1.), hasard; et aussi bonheur, malheur, malchance; issue; succès, insuccès.(1865). || La fortune des armes.Bonne fortune : chance heureuse (→ Accident, cit. 9; envie, cit. 1). || Avoir la bonne, l'heureuse fortune de… — ☑ Loc. Vx. Dire la bonne fortune, la bonne aventure (→ Égyptien, cit. 2).Mauvaise fortune. Adversité, malheur, malchance. || La mauvaise fortune ne l'a pas abattu (cit. 12). — ☑ Loc. Faire contre (cit. 14) mauvaise fortune bon cœur : se résigner. Résignation.
12 On dit bien vrai, la mauvaise fortune
Ne vient jamais qu'elle n'en apporte une
Ou deux ou trois avecques elle, Sire.
Clément Marot, Épîtres, XXVII.
13 Il faut gouverner la fortune comme la santé : en jouir quand elle est bonne, prendre patience quand elle est mauvaise, et ne faire jamais de grands remèdes sans un extrême besoin.
La Rochefoucauld, Maximes, 392.
14 Je ne crois pas avoir jamais eu l'heureuse fortune de vous rencontrer, madame (…)
France, le Crime de S. Bonnard, in Œ., t. II, p. 310.
15 (…) le Tsar avait essayé de faire contre mauvaise fortune bon visage (…)
Louis Madelin, Hist. du Consulat et de l'Empire, Vers l'Empire d'Occident, IX.
16 Il y était venu à tout hasard, après la réunion de l'avenue de Clichy, et il avait eu la bonne fortune d'y retrouver Burot (…)
Martin du Gard, les Thibault, t. V, p. 285.
Loc. Chercher, tenter fortune. Aventure, risque; risquer (→ Camarade, cit. 5; chèvre, cit. 1; exemple, cit. 16). — ☑ (Fin XVIe). Vx. Courir (cit. 52) la fortune. || Courir (la) fortune de… : être en passe de…
17 Je voudrais bien savoir s'il y a quelque astrologue qui eût pu dire (…) que je courrais bientôt fortune de ramer dans les galères d'Alger ou d'être mangé par les poissons de la mer Atlantique.
Voiture, Lettres, 42, in Littré.
18 Souvenons-nous de ces jours tristes que nous avons passés dans l'agitation et dans le trouble, curieux, incertains quelle fortune auraient courue un grand roi, une grande reine (…)
La Bruyère, Disc. de réception à l'Acad. franç.
Loc. La fortune du pot. Vx. || Courir la fortune du pot : s'exposer à faire un mauvais repas, en allant manger là où on n'est pas attendu, à l'improviste.(1762). Mod. || Dîner à la fortune du pot. || Inviter quelqu'un à la fortune du pot. → Sans façon, à la bonne franquette.
19 (…) on le forçait à manger sans cérémonie, à la fortune du pot.
Balzac, les Petits Bourgeois, Pl., t. VII, p. 113.
(XXe). De fortune : improvisé pour parer au plus pressé, en attendant mieux ( Pis-aller, provisoire). || Installation de fortune, moyen de fortune → Moyen du bord. || Gouvernail, mât, voile de fortune.
20 Les populations de nos pays torturés travaillent : il leur faut bien, à défaut de reconstruction réelle, édifier, du moins, des cités de fortune, s'assurer à tout prix le couvert.
G. Duhamel, Manuel du protestataire, II.
21 (…) malgré la grève des chauffeurs, ils sont parvenus à faire marcher l'usine par des moyens de fortune (…)
A. Maurois, Bernard Quesnay, XIV.
22 Ces réflexions l'ont amenée jusqu'à sa baignoire, qui lui semble affreuse, comme toute la salle de bains d'ailleurs. C'est une installation de fortune, dans un ancien cabinet de débarras.
J. Romains, les Hommes de bonne volonté, t. I, p. 126.
(1678). Mar. || Voile de fortune et, absolt, fortune. || Fortune carrée : voile carrée que l'on peut gréer sur une vergue si besoin est.Spécialt. Voile carrée qui se grée sur la vergue de misaine des goélettes, etc. || Fortune carrée, roman de J. Kessel.
22.1 Ses deux mâts s'inclinaient un peu sur l'arrière. Elle portait brigantine, misaine, trinquette, focs, flèches, et pouvait gréer une fortune pour le vent arrière. Elle devait merveilleusement marcher (…)
J. Verne, le Tour du monde en 80 jours, p. 169 (1873).
2 (Fin XIIIe). Absolt et vx. Hasard heureux, chance. || « Il ne manque pas de mérite, mais il n'a pas de fortune » (Académie, 1694).Être en fortune, dans un moment, une période de chance.Un coup d'audace et de fortune (→ Fasciner, cit. 10).
Vx. || Homme de fortune : personne qui s'est élevée rapidement.(V. 1570). || Soldat de fortune, qui est parvenu à un grade après être sorti du rang.
23 Le duc de Vendôme, parvenu enfin au généralat, après avoir passé par tous les degrés (…) comme un soldat de fortune, commandait en Catalogne (…)
Voltaire, le Siècle de Louis XIV, XVII.
REM. Dans cette acception, fortune s'emploie encore parfois pour désigner un hasard heureux, une chance particulière, dans un domaine précis. Il eut la fortune de vivre dans une société brillante (→ Asservir, cit. 22, Faguet).
24 Vers cette époque à peu près, il arriva à Ziegler une de ces fortunes rares qu'un artiste peut attendre en vain toute sa vie : il obtint l'hémicycle de la Madeleine (…)
Th. Gautier, Portraits contemporains, p. 274.
Spécialt et vx. Succès galant. Aventure (amoureuse). → Succès de boudoir.
25 Peut-être en avez-vous déjà féru quelqu'une (femme).
Vous est-il point encore arrivé de fortune ?
Les gens faits comme vous font plus que les écus,
Et vous êtes de taille à faire des cocus.
Molière, l'École des femmes, I, 4.
(1686). Mod. || Bonne fortune. || Un homme à bonnes fortunes (→ Fatuité, cit. 3; recommandable, cit. 3). — ☑ Loc. (1713). Être en bonne fortune.
26 Le valet de don Antonio me dit que, pour être un illustre, il ne me manquait plus que d'avoir de bonnes fortunes.
A. R. Lesage, Gil Blas, III, V.
27 C'est un fait reconnu, qu'une bonne fortune
Est un sujet divin pour un in-octavo.
Ainsi donc, bravement, je vais en conter une,
Le scandale est de mode, il se relie en veau.
A. de Musset, Poésies nouvelles, « Une bonne fortune. »
28 M. Gillenormand était excédé de l'entendre conter les bonnes fortunes quelconques qu'il avait autour de sa caserne (…)
Hugo, les Misérables, IV, VIII, VII.
3 (Déb. XVe). Vx. Malchance, malheur. || Faire contre fortune bon cœur (→ Délicat, cit. 27).(1690). Dr. mar. || Fortune de mer : tout risque fortuit (perte, avarie) dont l'armateur est responsable (→ ci-dessous, cit. 30).Par ext. « Ensemble des valeurs que le propriétaire de navire doit abandonner pour limiter sa responsabilité (Code de commerce, art. 216) par opposition à fortune de terre » (Capitant). || Clause de mauvaise fortune (dans un contrat).
29 (…) vous me verrez sortir Incontinent, de crainte de fortune.
La Fontaine, Contes, « Chose arrivée à Château-Thierry ».
30 Sont aux risques des assureurs, toutes pertes et dommages qui arrivent aux objets assurés, par tempête, naufrage, échouement, abordage fortuit, changements forcés de route, de voyage ou de vaisseau, par jet, feu, prise, pillage, arrêt par ordre de puissance, déclaration de guerre, représailles, et généralement par toutes les autres fortunes de mer (…)
Code de commerce, art. 350.
B La vie, la carrière due à la chance.
1 (V. 1265). Vx ou littér. La vie (de qqn), considérée dans ce qu'elle a d'heureux, de malheureux. Avenir, destin, destinée, sort, vie. || Changements dans la fortune (→ Décider, cit. 3). || S'attacher à la fortune, suivre la fortune de quelqu'un.
31 Comme il (le sort) voit en nous des âmes peu communes,
Hors de l'ordre commun il nous fait des fortunes.
Corneille, Horace, II, 3.
32 (…) on trouve écrit dans le ciel jusqu'aux plus petites particularités de la fortune du moindre homme.
Molière, les Amants magnifiques, III, 1.
33 Mon valet, Excellence, a pu, jadis, commettre des fautes, mais depuis qu'il s'est attaché à ma fortune, il a purifié sa vie au feu de mes épreuves.
Balzac, les Ressources de Quinola, IV, 2.
Mod. et littér. (Choses). Carrière, destin. || La fortune d'une œuvre d'art, d'un livre (→ Connaître, cit. 24). || Les diverses fortunes d'une pièce de théâtre.
2 (Déb. XVIIe). Vieilli ou littér. Situation dans laquelle se trouve quelqu'un. État (cit. 75), situation. || Humble fortune. || Élever (cit. 20) la fortune; être utile à la fortune de quelqu'un. || Amélioration de la fortune. Avancement. || Fortune heureuse, brillante (cit. 12). || Parvenir à une haute fortune.Mod. || Retour, revers, revirement de fortune. Accident, revers, traverse, vicissitude (→ Adversité, cit. 4; affliction, cit. 1; étourdissement, cit. 6).(1640). Absolt. Situation élevée. Prospérité, succès. || Bâtir (cit. 25, 53) sa fortune, l'édifice (cit. 9) de sa fortune. || Faire sa fortune. Arriver, parvenir, prospérer, réussir.Être l'artisan (cit. 12) de sa fortune. || Faire la fortune de quelqu'un (→ Favori, cit. 9). || Adorer, encenser la fortune, ceux qui ont des situations importantes (→ Adorateur, cit. 3; appareil, cit. 6). || Être accablé (cit. 9) par la fortune des autres. || Perdre sa fortune (→ Avarice, cit. 7).REM. Dans de nombreux exemples, ce sens ne serait plus compris de nos jours, par suite de l'extension prise par le sens III. (→ cit. ci-dessous).
34 Ces gens (…) qu'on voit (…)
Par le chemin du ciel courir à leur fortune (…)
Molière, Tartuffe, I, 5.
35 La fortune exige des soins. Il faut être souple, amusant, cabaler, n'offenser personne, plaire aux femmes, et aux hommes en place, se mêler des plaisirs et des affaires, cacher son secret, savoir s'ennuyer la nuit à table, et jouer trois quadrilles sans quitter sa chaise; même après tout cela, on n'est sûr de rien. Combien de dégoûts et d'ennuis ne pourrait-on pas s'épargner, si on osait aller à la gloire par le seul mérite !
Vauvenargues, Réflexions et maximes, 60.
36 Vous demandez comment on fait fortune. Voyez ce qui se passe au parterre d'un spectacle, le jour où il y a foule; comme les uns restent en arrière, comme les premiers reculent, comme les derniers sont portés en avant. Cette image est si juste, que le mot qui l'exprime a passé dans le langage du peuple. Il appelle faire fortune se pousser.
Chamfort, Maximes, « Sur la noblesse », XLII.
37 À Paris, la fortune est de deux espèces : il y a fortune matérielle, l'argent que tout le monde peut ramasser, et la fortune morale, les relations, la position, l'accès dans un certain monde inabordable pour certaines personnes, quelle que soit leur fortune matérielle (…)
Balzac, Illusions perdues, Pl., t. IV, p. 851.
38 Si vous songez à faire la cour aux hommes qui ont la puissance, votre perte éternelle est assurée. Vous pourrez faire fortune, mais il faudra nuire aux misérables, flatter le sous-préfet, le maire, l'homme considéré, et servir ses passions : cette conduite, qui dans le monde s'appelle savoir-vivre, peut, pour un laïque, n'être pas absolument incompatible avec le salut; mais, dans notre état, il faut opter; il s'agit de faire fortune dans ce monde ou dans l'autre, il n'y a pas de milieu.
Stendhal, le Rouge et le Noir, VIII.
(Av. 1778). Fig. || Ce mot eut une fortune rapide (→ 2. Apache, cit. 1), un succès total et rapide.
39 Qui pourrait rendre raison de la fortune de certains mots et de la proscription de quelques autres ?
La Bruyère, les Caractères, XIV, 73.
40 Les mots qui font fortune provoquent des malentendus. À tant les utiliser, on finit par les détourner de leur sens primitif, auquel personne ne songe plus à revenir. Une auréole les entoure, la plume hésite à les tracer; l'idée qu'ils exprimaient tend à se muer en mythe, en même temps que la réaction inévitable contre tout ce qui triomphe les frappe de discrédit.
Daniel-Rops, le Monde sans âmes, I.
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III (XVe). Cour.
1 Ensemble des biens, des richesses (appartenant à un individu, à une collectivité), lorsqu'il est considéré comme important. Argent, avoir, bien, capital, patrimoine, ressources, richesse. || Évaluer (cit. 3) la fortune de quelqu'un, sa fortune. || Les biens qui composent sa fortune. Actif, meuble, immeuble. — ☑ Loc. Situation de fortune : situation financière (d'une personne).Une fortune faite de terres, de maisons, d'espèces (cit. 24). || Inégalité des fortunes. || Partager sa fortune entre ses enfants. || Le code civil a individualisé les fortunes (→ Émietter, cit. 3). || Fortune personnelle. || Égalité (cit. 12) des fortunes. || Grande, grosse, immense, jolie fortune. || Imposer les grandes fortunes. || Une fortune colossale, énorme, fabuleuse, rondelette. || Vivre des revenus de sa fortune. → Vivre de ses rentes. || Administrer, gérer sa fortune. || Fortune modeste. || Modicité d'une fortune. || Il est à son aise mais il a une fortune très modeste.Fortune publique. Domaine, trésor. || La Fortune de la France, ouvrage de J. Bainville.Plus cour. Ensemble de biens de valeur considérable, ou du moins, importante. || Avoir, posséder de la fortune, une fortune qui permet de vivre largement. → Avoir du bien au soleil. || Il jouit d'une petite fortune, d'une fortune assez importante. Aisance; → Avoir de quoi vivre. || Faire une petite fortune (→ Écu, cit. 4). || Il a un gros salaire, mais pas de fortune. — ☑ (1837). Faire fortune (→ Éditeur, cit. 3). || Bâtir, gagner une fortune. Enrichir (s'); → Abondance, cit. 6. || Il héritait de cinq millions : c'était la fortune ! || Échafaudage (cit. 1), essor (cit. 12) d'une fortune. || Accroître, agrandir, arrondir, augmenter, décupler sa fortune (→ Avidité, cit. 6). || Conserver sa fortune. || Fortunes qui s'élèvent et s'écroulent (cit. 7). || Effondrement (cit. 3) d'une fortune.|| Faire des brèches à sa fortune; compromettre, écorner (cit. 4), endommager sa fortune. || Il y va de toute sa fortune (→ Affaire, cit. 56). || Perdre sa fortune. Ruiner (se); banqueroute, désastre, faillite, revers, ruine. || Se dépouiller, faire abandon de sa fortune (→ Aristocrate, cit. 4; enrichir, cit. 2). || Prodiguer sa fortune (→ Éloignement, cit. 9). || Mépriser la fortune (→ Économe, cit. 4). || Anéantir, engouffrer (cit. 1), dilapider une fortune. || Refaire, reconstruire sa fortune (→ Arriver, cit. 39).
41 Si sa fortune était petite,
Elle était sûre tout au moins.
La Fontaine, Fables, IV, 2.
42 On a bien raison d'appeler son bien fortune, car un moment le donne, un moment l'ôte.
Voltaire, Lettre à d'Argental, 2 août 1761.
43 (…) sa fille Henriette n'avait pu, à cause de la modicité de sa fortune, se faire complètement admettre par cette famille Berny.
Loti, Matelot, V.
44 (…) la loterie, ou le coup de dés, me semble le plus honnête moyen de faire fortune.
André Suarès, Trois hommes, « Dostoïevski », V.
45 J'ai amassé une immense fortune, dit Rothschild, et, comme elle ne me donnait aucune jouissance, j'ai continué à acquérir, espérant retrouver la joie que m'a donnée le premier million.
Max Jacob, le Cornet à dés, p. 34.
46 Il avait englouti, dans les dépenses faites pour la transformation de la maison, une bonne moitié de sa fortune mobilière (…)
Martin du Gard, les Thibault, t. IX, p. 16.
47 De mes petits fabricants en chambre, il en est qui font fortune, d'autres qui font faillite; le plus grand nombre se tirent d'affaires par divers métiers à côté : il faut avoir plusieurs cordes à sa lyre.
Valéry, Regards sur le monde actuel, p. 213.
48 Une vedette qui veut bien lancer une de vos œuvres, ça peut être la fortune.
J. Romains, les Hommes de bonne volonté, t. V, XXI, p. 169.
49 (…) un entrepreneur de maçonnerie, établi à Picpus, était venu confier à l'agence son projet de placer dans un immeuble la petite fortune qu'il avait faite.
J. Romains, les Hommes de bonne volonté, t. X, XVIII, p. 129.
Fam. || Une fortune, des fortunes : sommes importantes. || Gagner des fortunes. → Des mille et des cents.
Par métaphore. || N'avoir que son intelligence pour fortune, pour toute fortune (→ Capital, cit. 5).Richesse morale ou intellectuelle (→ Accumuler, cit. 10).
50 À la longue on finit par s'apercevoir que le plaisir est la fortune de l'âme, et ce n'est pas plus flatteur d'être aimé pour le plaisir que d'être aimé pour son argent (…)
Balzac, Splendeurs et misères des courtisanes, Pl., t. V, p. 904.
2 (Av. 1704). Situation des personnes qui possèdent une fortune. Opulence, richesse. || Affaires qui conduisent à la fortune. || Passer de la gêne, de l'indigence à la fortune (→ Égarement, cit. 3).
3 (Au plur.). Personne, famille possédant une grande fortune. || Surtout dans : les plus grandes fortunes (de France,…).
CONTR. Adversité, infortune, malchance. — Gêne, indigence, misère, pauvreté.

Encyclopédie Universelle. 2012.

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